Un regard, une image

 

 

 

MOI en exposition

 

 

 

img_2074Gabriel Buret, un jeune plasticien de 24 ans, propose sur un mur de la rue Charlot à Paris une exposition extrêmement originale : MOI en Exposition. 700 photos, collectées sur internet, sont collées les unes à côté des autres à même le mur, reclassées en quelques thèmes : moi et ma voiture, moi et mon premier poisson, mes pieds sur la plage, moi en rêveuse, moi et mon animal favori etc. Le plasticien, quand il a récolté les clichés s'est rapidement aperçu que revenaient de façon récurrente un certain nombre de thèmes, des attitudes codées, des prises de vues voisines. Les clichés ne sont pas très beaux, ni très intéressants, ce qui fait sens ici c'est l'accumulation, la juxtaposition. Le résultat brut de cette quête, disposée en une sorte de grille, est proposé au visiteur qui peut lire au gré de ses envies, de sa fantaisie.

 

Le mur vit ou plutôt vieillit ; quelques photos ont été arrachées par les passants, la pluie en décolle quelques-unes et la lumière les décolore implacablement. Ce qui donne un aspect fragile et émouvant à l'exposition, une vanité d'aujourd'hui en quelque sorte, une vanité en mouvement...

 

Évidemment le mot qui frappe est MOI. D'aucuns parleront de narcissisme, voire d'égocentrisme, péchés mignon de cette génération. On se remémorera à ce propos la fameuse phrase d'Andy Warhol :« à l'avenir, tout le monde aura son quart d'heure de célébrité. » (citation libre). Mais on peut aussi, en dépassant le jugement de valeur, aller plus loin : MOI? Et si l'on citait à ce propos le fameux tableau qui est au Louvre intitulé Les Bergers d'Arcadie. L'oeuvre, une des plus poétique de Nicolas Poussin, représente, dans un paysage crépusculaire, des bergers et une femme drapée qui déchiffrent l'inscription d'une tombe : Et ego in Arcadia que l'on traduit généralement Et moi aussi je fus en Arcadie. Inscription dont la signification implicite serait : "Il y a longtemps moi aussi je fus comme vous ici en Arcadie". Constat mélancolique de la fugacité de l'instant, de la fragilité du bonheur, de l'incertitude du souvenir. Oui ces jeunes gens – ils sont jeunes pour la plupart – en fixant le moment qui s'évanouit tentent eux aussi de retenir le temps à l'aide de leurs appareils numériques. Ils s'inscrivent dans une quête vieille comme l'humanité...


img_2079Il y a une filiation certaine qui relie le travail de Gabriel Buret et celui de Christian Boltanski : Travail sur la mémoire, sur la mort, et son abolition par le souvenir... qui lui-même...

 

Pas mal pour une petite exposition sans prétention faite avec des bouts de papiers qui se détériorent... Quand vous ferez le circuit des galeries du Marais il serait bon de faire un petit détour, le bout de la rue Charlot n'est pas loin .

 

Gilles Coÿne

 

 

 

 

 

MOI en Exposition

Exposition à l'initiative de Fabien Breuvart/images et portraits, les images du mur.

Jusqu'à la dissolution finale...

35-37, rue Charlot, 75003 Paris