Expositions

 

 

 

Boldini (1842-1931)

                  Les plaisirs et les jours

 

 

 

 

Un maquillage de trois heures, un coiffeur inspiré, des chapeaux extravagants, un froufrou de soie savamment désordonné pour mettre en valeur une taille de guêpe, les portraits féminins de Boldini sont d'une séduction infinie et l'on comprend son succès, d'autant plus que tout cela s'appuyait sur un faire étourdissant de virtuosité. L'artiste ne pouvait que plaire et il fit une carrière brillante. il faut cependant remarquer que son ɶuvre s'inscrit à rebours de tout le développement de l'art moderne et contemporain et que cela a pu paraître bien vain. L'heure de la réévaluation a-t-elle sonné ? Le musée du petit Palais à Paris tente une exposition démontrant qu'il ne fut pas seulement un maître qui se noyait dans trop de facilités mais aussi un artiste estimable qui aborda d'autres sujets que celui des jeunes femmes charmantes et parfaitement vêtues.

 

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Giovanni Boldini est né le 31 décembre 1842 à Ferrare d'un père peintre qui, comme un siècle auparavant le fit un certain Léopold Mozart, enseigna la pratique de son art à son fils âgé de cinq ans, d'où sans doute une facilité déconcertante ; en 1864, il termine sa formation à Florence qui va devenir la capitale du futur royaume d'Italie, en attendant Rome. Pour l'heure la ville demeurait le centre de la vie culturelle et artistique de la péninsule. Il découvre le mouvement des Macchiaioli alors en plein essor. Le nom vient de « macchia », en italien « tache », employé par un critique acerbe et dit bien la fondamentale nouveauté de ces artistes qui tournant le dos à la tradition classique et romantique tentent de trouver un langage pictural nouveau pour une Italie nouvelle, un peu comme les Impressionnistes en France auxquels on les a comparés. Boldini peint le portrait du peintre Giuseppe Abbati, figure sombre, solide, austère bien éloignée de ses futures effigies parisiennes. La production florentine de Boldini paraît bien sage et ne se différencie guère de ce qui se fait ailleurs en Europe, seules quelques petites toiles brillantes faites de minuscules touches scintillantes se détachent. Mais il faut s'approcher prés de ces tableaux pour en saisir le sujet car les personnages comme les objets ont tendance à se fondre dans un ensemble virevoltant. Quelques tableaux à sujet espagnol, peints sous l'influence de son ami le Catalan Mariano Fortuny, matadors, tsiganes jouant de la guitare, sont d'amusantes espagnolades qui ne prétendent même pas à la vraisemblance.

 

1871, le peintre quitte l'Italie et après une tentative à Londres s'installe définitivement à Paris, en octobre. La vie trépidante de la capitale, qui se remet de la défaite, le fascine. Il trouve ici un milieu vivant, dynamique, une vie nocturne qui le séduit et surtout il rencontre Berthe qui sera son modèle et plus encore pendant dix ans. Les tableaux de format réduit où il croque la ville dans son quotidien ne sont pas sans charme : le vendeur de journaux, le cocher somnolant dans sa voiture en attendant le client, La place Pigalle, deux dames à la vertu chancelante discutant à la terrasse d'un café, un monsieur sifflant (ou peu s'en faut) un jeune femme traversant la rue... Tout cela peint avec un brio qui atteint son paroxysme avec les têtes d'un couple de chevaux galopant d'un train d'enfer : la touche se fait nerveuse, fiévreuse pour mieux saisir l'énergie folle des deux bêtes déchaînées. Plus loin Il atteint quasi l'abstraction avec un Nocturne à Montmartre. 

 

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Boldini se libère : il multiplie les cadrages insolites et ne bride plus l'énergie qui l'habite. Il use et abuse du non fini comme si son génie le poussait dans une course folle lui interdisant l'achèvement. Les touches virevoltent, zèbrent la toile au risque de rendre le motif parfois difficile à lire. Le monde, le grand, le demi, la foule interlope des cafés, des courses, des théâtres, l'inspirent, mais il n'est pas Toulouse-Lautrec qui vingt ans plus tard hantera la même société, il lui manque le sens tragique du génial nabot. Il devient le peintre de la haute société, la « High Life » comme on le disait alors. Il se lie d'amitié avec Sem, le caricaturiste de la belle époque, avec Helleu qui comme lui se spécialise dans le portrait féminin mondain. Chic, chic, très cher, on se bouscule dans l'atelier. On prétend que certaines femmes se privent de toute nourriture pour atteindre cette ligne de liane qu'il affectionne. 

 

Elles sont là ces jeunes femmes, fines élégantes drapées dans toutes les nuances du gris, du blanc et de toute la palette du pastel, voire d'un noir somptueux. Il les peint en pied, assises dans des sièges de style, mais jamais dans des poses simples et naturelles. Leurs longues mains – trop longues?- soulignent leurs langueurs mais aussi leur élégance affectée. Parfois certaines de ces créatures immatérielles se font portraiturer avec leur enfant telle Mme scheider drapée dans un somptueux manteau doublé d'hermine protégeant son fils costumé en petit lord Fauntleroi ou encore Pauline Hugo et le petit Jean, lui, en habit marin. Les organisateur ont eu l'idée de disposer au milieu de la longue galerie où posent ces créatures de rêve deux vitrines où se dressent des robes de l'époque. Le contraste est total entre ces créations une peu ternies par le temps et les éblouissantes toiles qui les entourent, contraste qui permet de mesurer la magie du peintre et les raisons de son succès.

 

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Et les hommes dans tout cela ? Pour eux il se fait plus sobre. Si il réussit à redonner une certaine dignité à Willy, un viveur lancé dans le tout Paris, premier mari de notre Colette dont il exploitera sans vergogne le talent, il ne résiste pas au plaisir de saisir le comte de Montesquiou – le modèle du baron Charlus – dans une pose qui est le comble de l'affectation. Même élégance racée pour le peintre anglais Lawrence Alexander « Peter » Harrison assis appuyé sur le piano de l'atelier, la minceur du personnage souligne la nonchalance de la pose et le magnifique gris ambré de son costume qui, à l'évidence, sort de Savile Row . Remarquer la main gauche, un portrait à elle seule.

 

L'exposition ambitionne de montrer sa production en son entièreté : nous verrons donc, des nature mortes de fruits, de gibier, des paysages de Venise savamment inachevées. Mais finalement tout cela ce n'est pas très convaincant, Boldini est et restera le peintre d'un certain type de jolie femme, n'est-ce pas suffisant ?

 

Gilles Coÿne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Giovanni Boldini

Les plaisirs et les jours

jusqu'au 24 juillet 2022

Musée du Petit Palais

Avenue Winston Churchill, 75008 Paris

- Tél. : 01 53 43 40 00

- Internet : petitpalais.paris.fr

- Horaires et tarifs : Tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h, nocturne jusqu'à 21h le vendredi, fermé le 1r mai et la 14 juillet. Tarifs, 14 et 12€.

- Publication : catalogue, éditions Paris/musées, 256p., 240 illustrations, 39,90€.

- ,Programme autour de l'exposition : conférences, concerts, cinéma, visites guidées, visites littéraires, ateliers, pour les dates et les activités consulter le site du musée.