Expositions

 

 

 

Au pays des monstres

                                     Léopold Chauveau (1870 - 1940)

 

 

 

 

 

Si vous avez gardé quelque chose de la capacité des enfants à s'émerveiller devant un monde magique, si de doux monstres un peu dingues sont capables de vous faire sourire et de vous émouvoir, alors courez au musée d'Orsay voir l'exposition consacrée aux créatures un peu folles du bon docteur Chauveau (1870 – 1940). Entre Symbolisme et Surréalisme, ce personnage attachant, profondément humaniste, pessimiste et un rien anarchiste a élaboré dans la seconde partie de sa vie une œuvre étrange tant en sculptures qu'en dessins. Il imagine tout un bestiaire fantastique et tendre qui plaira aux petits à qui cette exposition est destiné en priorité mais aussi aux adultes. Le musée, qui vient de recevoir de son petit-fils Marc cinq cent vingt six dessins, quarante huit sculptures et une documentation complète sur la vie d'une personnalité hors norme, présente une production qui, en dépit de son étrangeté et de son originalité, plonge dans son époque, si chahutée, si dramatique.

« Je dessine des monstres

- bien gentils, bien doux, bien inoffensifs -

bien ridicules à côte des monstres vrais et vivants

qui bouleversent maintenant le monde. »

27 septembre 1939

 

Léopold Chauveau est né à Lyon le 19 février 1870. Son père médecin et chercheur réputé fait pression sur lui pour qu'il suive la même voie. En 1905, alors qu'il vit à Versailles, il rencontre et devient l'ami du peintre et sculpteur nabi Georges Lacombe son voisin. Sous son influence il commence une carrière de sculpteur amateur Le Buste d'hommetaillé dans le bois en 1905 est sans doute sa première œuvre : le personnage aux cheveux longs, à la moustache et à la barbe tombantes et fournies, ressemble à un druide, à un prêtre d'on ne sait quelle secte ésotérique ; de la figure dégage une forte impression de sérénité inspirée. L'œuvre s'inscrit bien évidemment dans le courant du Symbolisme qui caractérise une bonne partie de la production artistique parisienne à l'époque. On remarquera la facture fluide des formes toutes en ondes et la fine patine soyeuse d'une matière brillante aux reflets chaleureux.

 

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Beaucoup plus intéressants sont les petits monstres modelés en plâtre patiné ou fondus dans le bronze. Pleines d'humour et de fantaisie ces petites créatures contemplent le visiteur avec une douce ironie, comme se moquant de tous. Rapaces, gnomes, batraciens, rongeurs et (pourquoi pas ?) vers de terre, hominidés, fantômes farceurs, toute une création replète et rigolote, parfois anguleuse, s'agite pour la plus grande joie de tous. Les origines de cette faune sont diverses, que ce soient les poteries précolombiennes, les gargouilles médiévales, les gravures fantastiques japonaises, les grès de Carriès ou les illustrateurs du XIXe siècle, la généalogie ne manque pas mais rien ne dira la profonde originalité de ces pièces faites pour être caressées ou tenues dans la main. Petit monde grouillant, familier, d'autant plus familier que leur auteur avait affublé de noms les figurines comme on le ferait pour des animaux de compagnie tendrement aimés.

 

Passée la guerre de 1914-18 qui fut pour lui une période deuil, il perd sa femme, deux de ses fils, son père et son mentor Georges Lacombe, sans compter les horreurs dont il fut témoin en tant que chirurgien militaire, il abandonne définitivement en 1922 la médecine pour laquelle il ne s'était jamais senti d'affinités et se consacre à la littérature enfantine. Là encore il fait figure d'original, il est l'auteur comme le dessinateur d'histoires qui sont rien moins qu'édifiantes à l'humour ravageur. Ses dessins, pour la plupart réalisés à la plume d'une sobriété un peu sèche sont d'une efficacité remarquable. À l'instar de Perrault et de Mme d'Aulnoy, les contes qu'il imagine sont d'un pessimisme et d'une cruauté qui laisse rêveur. Quelques titres suffiront à en décrire l'esprit : Le Bouffon Babriot, les Cures merveilleuses du docteur Popotame, Histoire de Limace, Histoire du petit serpent, Histoire du gros arbre qui mangeait les petits enfants, etc.

 

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En guise de conclusion et pour mieux en comprendre la pédagogie, de cet homme si profondément original citons une de ses phrases: « Nous écrivains, ne nous mêlons pas d'instruire l'enfant. Contentons-nous d'éveiller sa curiosité, entraînons-le dans le domaine de la fantaisie, dans le monde de la poésie. »

 

Gilles Coÿne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au pays des monstres. Léopold Chauveau (1870 – 1940)

Jusqu'au 13 septembre 2020

Musée d'Orsay

- 1, rue de la Légion d'Honneur, 75007 Paris

- Téléphone :01 40 49 48 14

- Internet : 

- Horaire et tarifs : tous les jours sauf lundi de 9h30 à 18h, le jeudi jusqu'à 21h30 ; 14€, tarif réduit 11€, gratuité pour certains publics, consulter à ce sujet le site du musée.

- Publications : Léopold Chauveau au pays des monstres.- Coédition du musée d'Orsay et de l'Orangerie / RMN Grand Palais, 40€ ; Léopold Chauveau : La Maison des monstres, Coédition du musée d'Orsay et de l'Orangerie / RMN Grand Palais, 9,90€ ; Léopold Chauveau : Histoire du petit serpent, Coédition du musée d'Orsay et de l'Orangerie / RMN Grand Palais, 14,90€ ; Paysage monstrueux, Coédition du musée d'Orsay et de l'Orangerie / RMN Grand Palais ; Claude Ponti : Voyage au pays des monstres, Coédition du musée d'Orsay et de l'Orangerie / RMN Grand Palais, 18,80€.

- Autour de l'exposition : visites conférences, événements musicaux, ateliers consulter le site du musée.