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La France en Relief
Chefs-d'Œuvres de la collection
des Plans-reliefs de Louis XIV à Napoléon III
Grands et Petits aimeront l'exposition qu'organise la future Maison de l'histoire de France – un projet très contesté par la communauté des historiens – au Grand Palais à Paris : ils pourront admirer sous la verrière de Deglane 16 maquettes de villes fortifiées, de forts et de ports de France ou de cités qui appartinrent à la France au cours des aléas d'une histoire tourmentée – on y voit Luxembourg, Bergen-op-Zoom en Hollande et quelques forteresses aujourd'hui en Italie.
Ces magnifiques pièces (parfois très grandes, 160 mètres carrés, pour Cherbourg par exemple) sont présentées dans des sortes de pavillons, assez moches il faut bien le dire, mais qui comportent quelques dispositifs pour mieux en comprendre le détail : lunettes (trop peu, il est conseillé de venir avec les siennes), coursives pour surplomber la maquette, expli-cations, vidéos, jeux pour les enfants, car ici tout est fait pour un jeune public qu'il soit scolaire ou non. Il est simplement dommage que les organisateurs se soient privés du grand espace dont ils disposent, cela aurait donné une ampleur étonnante au déploiement de superbes objets trop peu exposés et qui ici paraissent confinés. Sans doute ont-ils agi ainsi pour des raisons de conservation : la lumière impitoyable qui tombe d'abondance aurait sans aucun doute altéré les couleurs d'une étonnante fraîcheur parfois. était-il réellement impossible de concilier sauvegarde et esthétique ?
Louis XIV le premier, sur la suggestion de Louvois, eut l'idée de faire fabriquer les maquettes des places fortes du royaume récem-ment conquises ou dont il fallait améliorer la sécurité. Elles seront souvent remaniées en fonction des progrès dans l'art de la défense, ou tout simplement pour rendre compte de la croissance des villes et des changements techniques : l'arrivée du chemin de fer à Strasbourg sous le second empire par exemple ; ce qui explique qu'elles peuvent porter des dates différentes. Cela a l'air de grands jouets mais ce n'en sont pas bien entendu et elles sont le fruit d'un travail très sérieux produit d'une enquête minutieuse pour coller au plus près de la réalité : relevés de terrain bien entendu, mais aussi collecte d'échantillons de roches et de terre qui seront réutilisés - regardez la falaise de calcaire bleuté sur laquelle est construite la ville d'Embrun - , élévations de bâtiments, du plus modeste au plus prestigieux, de ce fait aujourd'hui certaines de ces pièces sont de venues des documents précieux pour des villes comme Brest ou Cherbourg qui furent pratiquement rasées au cours de la dernière guerre mondiale – des films retracent d'ailleurs ces événements tragiques.
À l'aide de bois, de soie, de chenilles vertes pour les arbres, c'est donc une reconstitution en miniature du monde jusque dans ses moindres détails. Le sens de la précision – ou de l'humour - va jusqu'à représenter les choux que quelques soldats faisaient pousser sur les fortifications pour occuper le temps et améliorer l'ordinaire... Quelques-uns de ces portraits de ville sont particulièrement spectaculaires tel celui de Briançon dans son cirque de montagnes ou encore Besançon que domine sa forteresse. Ces paysages en trois dimension ne sont pas indignes des meilleures productions des paysagistes de l'époque.
Mais l'exposition n'est pas un simple rassemblement de pièces séduisantes et marquantes sur le plan historique, c'est aussi l'illustration d'un des mythes fondateurs de l'histoire de notre pays : la recherche des frontières naturelles. Si pour L'Allemagne ce fut la conquête de l'espace vital qui entraîna le pays dans de tragiques aventures, pour notre pays, il fut enseigné à tous les écoliers de France pendant plus d'un siècle, leur histoire s'explique par une lente marche pluri-séculaire, qui traverse les changements de régime, vers des frontières sûres ; un « prés carré » soigneusement cantonné de mers, de montagnes, de fleuves qu'il fallait protéger par une ligne de forteresses. C'était une illusion bien entendu, comme l'a montrée le tragique déroulement de la seconde guerre mondiale. La montagne pour ne citer qu'elle, n'a jamais été un obstacle mais un lieu de passage et la ligne de partage des eaux est finalement de pure convention. Que dire d'un fleuve comme le Rhin et de la mer qui n'est avant tout qu'un espace d'échanges?
Le visiteur est accueilli dès l'entrée par une sorte d'agora faite d'une immense carte de France, juxtaposition de toutes les cartes d'état-major du pays. On remarquera qu'elles ne coïncident pas tout à fait : la carte est plane, la terre est ronde. À ce propos il faut signaler une petite animation sur la cartographie depuis le XVIIe siècle jusqu'à aujourd'hui qui montre qu'un art qui se veut scientifique et objectif, obéit quand même à l'air du temps... à droite de l'agora, le lime des montagnes ; en face, les places défendant la plaine du nord grande ouverte à l'ennemi ; à gauche, les arsenaux, Cherbourg et Brest. On notera la présence d'une ville hollandaise, Berg-op-zoon, avec son système complexe d'écluses qui isolaient la ville en cas de danger. Cela ne l'empêcha pas d'être prise en 1747, et ses habitants d'être massacrés – cela souleva d'horreur l'Europe. La « guerre en dentelles » n'était en fait qu'une ignoble boucherie... comme le montre encore la représentation du site de Montmélian après qu'il ait été incendié ; Louis XIV, qui n'a jamais reculé devant le terrorisme d'état, tint à faire exécuter cette maquette. L'image de ce petit Oradour avant la lettre (on avait quand même évacué la population) est terrible... Non la guerre n'est pas jolie et les superbes formes géométriques des fortifications témoignent, malgré tout, de la terrible insécurité dans laquelle vivaient nos parents.
Gilles Coÿne
- Briançon (1731 - 1736) ©
- Brest (1807 - 1811) ©
- Embrun ©
- Montmélian (1693) ©
La France en relief
Chefs-d'œuvres de la collection des plans-reliefs de Louis XIV à Napoléon III
18 janvier – 17 février 2012
Nef du Gand Palais
Avenue Winston Churchill – 75008 Paris
- Internet : www.lafranceenrelief.fr
- ouverture : Tous les jours sauf mardi, de 10h à 20h, nocturene le vendredi jusqu'à 22h.
- Tarifs : 5€ et 2,5€, gratuit pour les moins de 26 ans.
- Publications : Album de l'exposition, 48p., 40 illustrations, Rmn-Grand Palais éditeur, 9€ ; Le site internet propose un dossier téléchargeable. Contenu en deux parties, l'une consacrée à l'exposition, l'autre présentera des « ressources » pour mieux profiter de la visite.
- Animations : pour les scolaires, visite-atelier et visite thématique ; un dossier pédagogique est mis à la disposition de l'enseignant sur le site ; le site propose aux familles un parcours-jeu et une visite générale. Enfin plusieurs rendez-vous culturels sont proposés le lundi.
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