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Expositions argaiv1106
Beauté animale
Au pays de Trente millions d'amis la dernière exposition que propose la RMN au Grand Palais à Paris devrait recueillir tous les suffrages. Et dans les salles majestueuses, il est réconfortant de voir tout un peuple de jeunes enfants d'égailler, regarder, admirer, rigoler, spectacle rare aussi surprenant que rafraîchissant dans un lieu qu'un public plus compassé fréquente d'ordinaire.
Beauté animale n'est pas une rétrospective sur un genre artistique, la peinture animalière qui a ces amateurs - dans ce dernier cas là on pourrait alors regretter l'absence de nombreux artistes, on pense à Rosa Bonheur par exemple. Non, c'est une analyse de la re-construction du regard qu'en Occident, à partir de la Renaissance, on porte sur le monde animal. Moment où l'on prend ses distances avec une vision symbolique du monde, sans toutefois l'aban-donner complètement, qui était de règle jusqu'alors, cela au profit d'une certaine objectivité. Les artistes se mettent au service d'un réalisme scientifique et élaborent des oeuvres qui sont à la fois des créations artistiques et des documents d'observation. Sont typiques de cette nouvelle approche les précieux tableautins de Tom Ring le jeune (1522-1584) et, plus tard, ceux de Jan van Kessel le vieux (1626-1679), où sont réunis de façon arbitraire et sans grande logique insectes, mammifères, batraciens... Ne parlons pas des proportions, un lapin ne se trouve-t-il pas presque aussi gros qu'un chien ?... Mais la fine précision de la description, les couleurs brillantes séduiront le visiteur, comme ils ont séduit au XVIIe siècle les collectionneurs qui s'arrachaient ce genre de production. On trouvera ici des dessins, des gravures, des tableaux, des sculptures on regrettera seulement l'absence quasi totale de photographie : ce ne sont pas les clichés où l'Américain Eadweard Muybridge décomposant le mouvement d'un chat courant ou d'un cheval au galop, ou encore ceux du Français Jules Marey à propos de la chute d'un chat, oeuvres dont le souci premier n'était pas la beauté, qui rattraperont cette absence.
Dès les origines l'homme s'est plu à décrire ces compagnons « inférieurs » qu'il côtoyait et nos lointains ancêtres ont excellé dans ce genre de représentation ; que l'on songe aux grottes pré-historiques, aux fresques égyptiennes, aux vases grecs... la généalogie du genre est sans faille. Au moyen âge, tout un petit monde de la gent cornue, griffue, poilue ou emplumée, parodie les vices et les vertus humaines en sculpture, dans les marges des manuscrits, dans la littérature. Que l'on songe au Roman de Renart par exemple. La grande toile du peintre italien baroque Michelangelo Cerquozzi (1602-1637) illustrant une fable d'ésope où un âne réussit par ruse à neutraliser le loup qui avait le projet de le dévorer, s'inscrit dans cette vision pittoresque et moralisante qui perdure jusqu'à aujourd'hui : La dernière salle n'est-elle pas dominée par l'ours blanc de Pompon, grandeur nature ? Il est confronté à un tableau de Gilles Aillaud représentant le même animal prostré d'ennui dans un quelconque zoo. Cet artiste, qui ɶuvra au sein du groupe de la Figuration narrative, en peignant des animaux enfermés, exposés à la curiosité du public propose une métaphore de l'aliénation de l'homme contemporain. La métaphore est puissante qui lie l'animalité à l'humain. Un cartouche rappèle que si la fonte de la calotte glacière se poursuit au rythme d'aujourd'hui, il n'y aura bientôt plus d'ours blancs que dans les zoos. Un des soucis de cette exposition est de rappeler concrètement qu'une espèce animale peut disparaître : en témoigne la tragique destinée du Dodo un oiseau sans méfiance qui fut massacré par les marins relâchant dans l'île Maurice. On ne sait même pas de façon certaine à quoi il ressemblait : on comparera à ce propos une sorte de poussin obèse sur-dimensionné dans le coin droit de L'Entrée des animaux dans l'arche (vers 1621) peint par un suiveur de Jan Breughel de velours avec les croquis d'un marin hollandais de la même époque exposés plus loin...

À la fin du XVe siècle, avec la découverte de l'Amérique et le contournement du cap de Bonne Espérance, Les Européens découvrent des mondes nouveaux, des peuplades étranges, des animaux incroyables, des plantes luxuriantes et des fruits aux saveurs inouïes. On commence l'inventaire du monde. Mais ce qui pique plutôt la curiosité du public de l'époque ce sont ces animaux étranges que l'on exhibe. Quelques-uns deviendront de véritables « peoples » avant la lettre : l'éléphante Hansken dessinée par Rembrandt, le rhinocéros femelle Clara, peinte par Oudry à Paris et Longhi à Venise, la girafe, Zarafa offerte à Charles X par le vice-roi d'Egypte, Jack l'orang-outan de Bornéo qui a fait frissonner toute une génération par sa proximité avec l'humaine nature, pour ce dernier un mur de glace invite le visiteur à se comparer avec son buste sculpté par Dantan le jeune (1800-1869). Il y a aussi bien entendu des animaux moins extraordinaires pour ne pas dire familiers. Ils sont là les chiens et les chats. Le Caniche de Jeff Koons, incroyablement ridicule, les deux matous de Goya qui se castagnent dominent le section. Mention doit être faite de la grande toile du peintre victorien Edward Landseer (1800-1873) représentant un cerf, une biche et un faon! Disposés en pyramide ils sont plus une interprétation d'une famille de la classe moyenne anglaise que le véritable visage d'une horde propriété d'un mâle dominant... shocking!
L'exposition balaie l'histoire de l'art du XVIe siècle à aujourd'hui et les contemporains tiennent une place de choix on a signalé Jeff Koons et Gilles Aillaud, ils ne sont pas les seuls : l'amusant crapaud de Picasso, la chauve-souris de César – grinçante quincaillerie –, l'araignée de Louise Bourgeois – pas la sculpture, hélas! -, montrent que les plasticiens d'aujourd'hui aban-donnent un réalisme méticuleux et reviennent à une vision symbolique des animaux.
Arrivé au terme de l'exposition, on regrettera cependant l'irénisme du propos. Ces bêtes que l'on reproduit si amoureusement semblent vivre dans un univers idéal, à l'abri du prédateur humain, leur ennemi mortel. Quoi, pas un quartier de viande pour rappeler qu'on les mange? Pas un trophée de chasse pour évoquer ce sport sanglant qu'est la chasse? Pas une seule évocation des modifications génétiques qu'on leur fait subir par esprit de lucre ou par snobisme (cf le destin des boxers dont on a modifié les standards au risque de l'inconfort et de leur santé)? Dommage...
Gilles Coyne
Rhinocéros, 1515, Albrecht Dürer, Paris Bnf © Paris Bibliothèque nationale de France
Insectes et araignées, 1660, Jan I Van Kessel, Strasbourg, Musée des Beaux-Arts © musée des Beaux-arts de Strasbourg / M. Bertola.
Paons, mâle et femelle, 1681, Melchior d'Hondecoeter © Service de presse Rmn – Grand Palais – Bulloz.
Tête de lionne, ca 1819, Théodore Géricault, Paris musée du Louvre © Service de presse Rmn – Grand Palais / Christian Jean.
Beauté animale
jusqu'au 16 juillet 2012
Grand Palais, entrée Clemenceau
Place Clemanceau, 75008 Paris
- Internet : www.rmangp.fr
- Horaires et tarifs : Tous les jours sauf le mardi de 10h à 20h, nocturne le mercredi jusqu'à 22h. Ouverture exceptionnelle jusqu'à minuit le samedi 19 mai à l'occasion de la nuit européenne des musées. 12€ et 8€ pour les moins de 25 ans, et les familles nombreuses, gratuité pour les moins de 13 ans.
- Publications : catalogue, sous la direction d'Emmanuelle Héran.- Paris, 2012, RMN Grand Palais, 240 pages, 2à00 illustrations, 30€ ; Album de l'exposition par élise Voisin, 48 p., 40 ill., 9€ ; Le petit journal, 8p., 3,50€ ; Christophe Degueurce et Hélène Delalex, Beautés intérieures, l'animal à corps ouvert.- Paris, 2012, Rmn – Grand Palais, 128p., 75 ill., 29€ ; Emmanuelle Héran : à la gloire des bêtes, Paris, 2012 Gallimard – Rmn – Grand Palais, 8,40€ (Découvertes) ; Iris Guichard-Voorhuis : Gommettes - Les animaux.- Paris, 2012, RMN – Grand Palais, 24p., 21 ill., 5,95€.
- Animations culturelles : visites guidées, films documentaires et d'animation, cycle cinéma, conférences. Consulter le site du Grand Palais www.rmngp.fr
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